Le café : Un  » médicament  » devenu une boisson de plaisir

Dans les légendes d’abord, et dans la réalité ensuite, le café a toujours été entouré de mille et une histoires relatant ses propriétés stimulantes, excitantes… et thérapeutiques.

* De belles légendes : La  » potion noire  » offerte par l’Archange Gabriel à Mahomet pourrait avoir été du café : on dit qu’après en avoir bu quelques gorgées, le prophète retrouva force et vitalité.

On attribue souvent la découverte du café à un berger Yéménite, Kaldi qui s’aperçut que ses chèvres étaient particulièrement excitées après avoir consommé les baies rouges d’un buisson local. Cependant, le berceau du café semble se situer en Haute Éthiopie, et non au Yémen, comme le suggèrerait la légende de Kaldi. Pendant des siècles, le café est consommé par les membres de l’ordre mystique des Soufis pour rester éveillés lors des prières.

* Le café  » Médicament «  : Par la suite, dans le monde musulman, puis en Europe, le café est consommé comme  » aliment médicamenteux « . Au XIème siècle, ses vertus sont décrites par le médecin arabe Avicenne qui fait l’éloge de ses qualités thérapeutiques : suppression de la toux, laxatif, remède contre la variole et la rougeole… Quelques siècles plus tard, en 1580, le médecin et botaniste italien Prosper Alpin donnera lui aussi une longue description des bienfaits du café pour traiter et guérir bon nombre de maladies.

* Consommé pour le plaisir :  La culture du café ne s’intensifiera que lorsque sa consommation ne sera plus seulement celle d’une boisson médicinale et rituelle, mais une boisson de plaisir et de  » socialisation « . C’est avec sa  » véritable  » introduction au Yémen depuis la Haute Éthiopie, au 14ème siècle, qu’il est cultivé et connait un véritable essor : il est consommé localement mais aussi exporté. Depuis le port Yéménite de Moka (Mocha), il se répand dans toute la péninsule arabique et notamment en Turquie. Les guerriers de Soliman le Magnifique font connaitre le café aux peuples des Balkans, d’Europe centrale, d’Afrique du nord et d’Espagne.

Considéré comme une boisson maléfique par la religion catholique, le café sera apprécier par le pape Clément VIII (16ème siècle) :  » L’arôme du café est une chose trop agréable  pour être l’oeuvre du malin « . En 1615, un premier lot arrive à Venise. Et en 1644, Jean de Laroque introduit le café à Marseille.

* Une culture jalousement protégée :Cependant, jusqu’au milieu du 17° siècle, les caféiers ne sont cultivés qu’en Ethiopie et au Yémen. Pour conserver ce monopole, les souverains yéménites ont pris l’habitude d’ébouillanter les graines destinées à l’exportation pour les empêcher de germer. Jusqu’à ce que les marchands de la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales subtilisent, dans le port de Moka, quelques plants qu’ils ramènent au jardin botanique d’Amsterdam. Dès 1658, ils cultivent les caféiers en Indonésie, sur l’île de Ceylan et en Inde du Sud. La France, de son coté, entre en jeu et au début du 18° siècle lorsqu’elle reçoit les premiers plants de la ville d’Amsterdam. Louis XIV les confie à Antoine de Jussieu, conservateur du jardin des plantes de Marly. En 1715, six plants, envoyés par le sultan du Yémen au roi de France, sont transférés sur l’île de la Réunion. Ils donneront naissance à de nombreuses cultures dans l’Océan indien. Par ailleurs, afin d’étendre la culture du café aux Amériques, Gabriel Mathieu de Clieu, un capitaine d’infanterie en garnison à la Martinique, se voit confier un arbuste en 1721. Cet événement marque le début de la culture du café aux Antilles. La culture du café va ensuite s’étendre vers l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, et en particulier le Brésil.

* Le stimulant des écrivains et intellectuels : Pendant ce temps-là, les cafés ouvrent leurs portes dans la capitale française. Toute la philosophie politique des Lumières est débattue dans ces établissements où régnait la plus grande liberté. A propos du premier des grands cafés parisiens, le Procope, Michelet écrit ainsi :  » Le fort café de Saint Domingue, bu par Buffon, par Diderot, par Rousseau, ajouta sa chaleur aux âmes chaleureuses, à la vue perçante des prophètes assemblés dans l’antre du Procope, qui virent au fond du noir breuvage le futur rayon de 89 « . C’est à cet époque également que paraissent les citations scientifiques d’Antoine de Jussieu, en 1713, puis de Car von Linné qui en établit la classification botanique en 1753. L’idée de l’Encyclopédie de d’Alembert naquit également, dit-on au Procope ; dans cet ouvrage, Diderot et d’Alembert proposent un article « café  » où l’on parle de ses vertus chez  » les obèses et les migraineux  » ou même de propriétés  » aphrodisiaques « .